La lettre de mars 2008
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CMMI light
Avis d'expert - - la lettre de mars 2008
Document d'après Emmanuele Delbaldo
Titulaire d'un doctorat d'informatique, Emmanuele Delbaldo a 20 ans d'expérience dans le développement de systèmes, et 10 ans dans les domaines de la qualité, des opérations et des démarches de progrès.
Pas de résultats sans effort
Les diplômes recherchés et obtenus servent parfois de voile pudique pour masquer la réalité des pratiques dans certaines entreprises. L'actualité financière aujourd'hui montre qu'on n'a pas beaucoup progressé depuis l'affaire ENRON. Il ne suffit pas de définir des procédures, ou de mettre en place des contrôles indépendants, encore faut-il qu'ils soient efficaces, c'est à dire qu'ils produisent l'effet escompté.
Le CMMI est un excellent outil pour améliorer la performance dans les métiers d'ingénierie. Mais comme il n'y a pas de secret, il faut attendre le niveau 5 pour voir les fruits de la démarche. Fuyez ceux qui vous disent le contraire ainsi que les vendeurs de méthodes miracle.
Du bon sens à la vigilance
Les objectifs des niveaux 2 et 3 de CMMI sont du bon sens, et ne servent qu'à y voir plus clair dans les pratiques de l'entreprise. C'est pourquoi le CMMI demande de planifier toutes les activités et de les suivre, de gérer les exigences, les configurations, les fournisseurs, les risques, etc. La formalisation de ses activités permet aux différents intervenants de travailler sur une base claire en limitant les erreurs de compréhension du besoin et des objectifs. Attention cependant à ne pas sombrer dans un excès de bureaucratie en cherchant à atteindre le niveau 3 !
Au niveau 4, on parle de performance des processus et de gestion quantitative des projets. Beaucoup abandonnent face à cette complexité et s'arrêtent au niveau 3. Or à ce stade l'entreprise n'a absolument rien gagné en performance. Elle a juste obtenu de la transparence dans le développement de ses projets, qui lui coûtent parfois plus cher qu'auparavant à cause la bureaucratie qui a été introduite.
Or l'intérêt de mesurer la performance des processus, c'est d'établir une compréhension quantitative de la performance des processus de l'entreprise. Si on ne comprend pas le fonctionnement de l'entreprise avec ses forces et ses faiblesses, il est totalement illusoire ou hasardeux d'espérer voir l'entreprise progresser. Le niveau 4 est donc un point de passage obligé pour progresser. Mais malheureusement ça ne suffit pas, l'entreprise n'a encore rien gagné ici, sinon que la compréhension profonde de son fonctionnement.
Enfin le niveau 5 va s'attaquer aux problèmes de l'entreprise grâce à l'analyse causale et la résolution dont l'objectif est d'identifier leurs causes premières, et de prendre des mesures pour empêcher leur réapparition. Là est toute la difficulté : empêcher leur réapparition. Rappelez-vous ENRON et autres …
L'innovation comme source de progrès
Pour terminer sur une note positive, le niveau 5 traite de l'innovation comme source de progrès pour les entreprises. Mais encore une fois, celle-ci doit être mesurable, sinon ce n'est que de la poudre aux yeux, et l'objectif du CMMI est une amélioration tangible de la performance de l'entreprise.
L'innovation a été placée en dernier dans les types d'activités car c'est la plus difficile. Certains seraient tentés de commencer par-là pour progresser, mais avant de partir à la découverte de l'Amérique, il vaut mieux boucher les fuites au fond de la cale du navire. Il vaut mieux commencer par régler les problèmes dans l'entreprise, et empêcher leur réapparition. Pour cela une compréhension quantitative de la performance est nécessaire, cf. le niveau 4. Et pour comprendre quelque chose, il vaut mieux y voir clair, d'où les niveaux 2 et 3.
CMMI et vertu
Vous comprenez maintenant la philosophie des niveaux CMMI. Vous comprenez ou imaginez aussi les difficultés.Sans langue de bois, vous savez que nous ne sommes pas tous aussi vertueux, et que certains par facilité contournent les difficultés sans les résoudre. Si vous ajouter que certains n'ont pas fait l'effort suffisant pour comprendre et mettre en œuvre la démarche de progrès, vous avez certainement observé que ces démarches ne donnent pas toujours les résultats escomptés.
Une dérive peut être de croire naïvement que le CMMI identifiera les faiblesses de l'entreprise, qu'il suffira de les corriger, et que tout ira pour le mieux : "Le CMMI est suffisamment détaillé en 573 pages, y a qu'à !" Ce n'est pas du tout cela.
Le CMMI n'est qu'un cadre, un support, une structure pour aider à définir et améliorer les processus de l'entreprise. C'est-à-dire que le CMMI aide à formaliser pour chacun des métiers de l'entreprise, comment les objectifs légitimes définis dans le CMMI devraient être atteints. Il vous restera alors tout le travail d'analyse et de recherche d'améliorations pour progresser.
Un livre pour réfléchir
Ce livre a le mérite de dire la vérité sur certaines méthodes dont on ne présente souvent que les qualités en occultant les difficultés et les écueils. Ainsi son chapitre 2 est une critique sur les dérives qu'ont engendrés l'ISO 9001, le CMM, et autres. Son objet n'est pas d'être négatif, et encore moins polémique, mais plutôt de rappeler sans hypocrisie le fond du problème, et comment on s'en est parfois écarté. C'est une incitation du lecteur à réfléchir davantage à l'objectif d'amélioration visé et à la manière d'y parvenir, plutôt que de suivre à la lettre la description des pratiques du CMMI. Un homme averti en valant deux, ce chapitre devrait vous prémunir des écueils fréquents.
Ce livre a aussi le mérite de démystifier le CMMI, et de montrer comment il est possible, et même recommandé de mettre en œuvre cette démarche de progrès de façon efficiente, c'est-à-dire de tirer tous les bénéfices du CMMI sans dépenses inutiles. Ce n'est pas si compliqué ni si coûteux qu'il n'y paraît, des exemples clairs montrent une mise en œuvre simple et efficace.
Une recommandation importante : ne pas oublier de compter sur l'intelligence des personnes. Elle seule permet le succès, les méthodes ne sont qu'une aide, et surtout pas une solution. Rappelez-vous le propos qu'aurait tenu M. Taiichi Ohno, DG de Toyota, fondateur du Toyota Production System (TPS) :
- Lorsque les personnes sont motivées, elles obtiennent de meilleurs résultats.
- Lorsque les résultats sont reconnus, les personnes sont encore plus motivées.
- Lorsque l'on arrive à cela, c'est fantastique.
Avec cette philosophie, Toyota est devenu le premier constructeur automobile mondial. Sachons donc nous défaire des mauvaises bonnes habitudes …
L'approche du livre, le vocabulaire employé peut sembler un peu cru dans les anecdotes, voire politiquement incorrect. L'objectif n'est pas d'être désobligeant, polémique ou pamphlétaire, mais de ne pas être naïf ou malhonnête avec le lecteur, d'éviter la langue de bois et de dire simplement, que certains travers de la nature humaine peuvent réduire à néant tous vos efforts. Veillez donc à comprendre les causes de ces travers, préparez la parade, communiquez habilement pour emporter l'adhésion à votre démarche de progrès. Sachez que vous rencontrerez beaucoup de difficultés, il vous faudra les surmonter et faire en sorte que votre démarche aboutisse avec une amélioration tangible et durable de vos performances. Et là vous aurez réussi le CMMI. Ainsi l'objectif de cet ouvrage est de vous aider à surmonter les problèmes en vous montrant les vraies difficultés. Si vous y parvenez, vous réussirez là où vos concurrents ont échoué.
Pour aller plus loin
CMMI light | L'ouvrage nouvellement paru de l'auteur de cette fiche. Pour une bonne compréhension du CMMI, cet ouvrage présente : - l'historique du CMMI, notamment son point de départ avec le CMM (Capability Maturity Model), la focalisation sur les processus avec la norme ISO 9001, les objectifs initiaux du SEI (Software Engineering Institute) et la situation actuelle ; - les objectifs, qui sont exigés pour chacun des types d'activité de l'entreprise ; - des solutions aussi simples, claires et efficaces que possible aux pratiques recommandées par le modèle ainsi que des exemples de mise en œuvre sous forme de schémas ou tableaux, qui visualisent concrètement ces solutions. Il explicite la terminologie employée afin de faire le lien avec les termes anglais du document original et d'éviter les trop fréquentes incompréhensions qui aboutissent souvent à des mises en œuvre hasardeuses. CMMI light Afnor - Janvier 2008 |
Emmanuele Delbaldo
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